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17 janvier 2018 3 17 /01 /janvier /2018 10:36

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais avec le temps, ma famille a fini par accepter que je sois une Lainophile

Je ne parle pas de ma petite famille, de mes enfants

Non, je parle de ce coming-out social qui commence par faire confier sa passion / son vice à ses proches puis à ses moins proches, avant de fatalement le dire à ses parents, des frères et soeurs et un jour à ses beaux frères et ses belles soeurs

Et là, parfois au début, y a comme un sentiment de solitude, une impression de parler dans le désert, quand le Sirocco emporte au loin nos paroles ....

Et parfois comme dans le désert, on tombe sur une oreille attentive qui ne nous regarde pas comme dans le Père Noël est une ordure, et là on saute dessus comme sur une oasis en plein du dit désert.

C'est ainsi que j'ai une tendresse particulière pour l'un de mes beaux frères, le premier à entrer dans mon univers, celui qui bravant le regard mi surpris, mi outré de ma soeur m'a dit, droit dans les yeux

" Si, si, fais moi un bonnet dinosaure bleu"

Et ma soeur a fondu lorsqu'elle a vu son mari et sa fille porter ensemble le même bonnet bleu dinosaure 

Col en côtes

Ce bonnet, je l'avais tricoté en Malabrigo Rios, un fil assez copieux, couleur Bobby Blue

Facile à vivre parce que lavable en machine, doux pour changer les idées des uns et des autres sur ce que peut être la laine, et long pour aller au bout de divers projets

Ainsi sur un écheveau de 100g de pur mérinos, à 192m j'avais pour les 2 bonnets juste utilisé 126m

Que faire des 70 m restants ???

Ma foi, je me suis dis que le plus simple était de faire un Howcat comme celui que mes enfants avaient perdu

J'ai donc monté 90 mailles en tricotant en côtes 1/1 avec des aiguilles 5, pour ailler au bout de mon reste de fil.

Mais hélas, il n'en restait pas tant que cela, pas assez pour faire le bonnet

Col en côtes

Alors je me suis dit que j'allais le leur faire porter en cowl

Car après tout à ces âges là, on a le cou court

 

Col en côtes

Hélas, la laine a beau être douce, le cou a beau hélas être court, le temps hélas reste doux en hiver et le col ne fut jamais porté

Je me suis dit que j'allais retenter le coup avec mon autre beau frère

Celui qui m'a demandé un pull comme celui de son fils, en Broadford couleur orange flashy, pour lui même m'a t il dit,

Je lui ai donc présenté le col, si court en apparence pour un adulte

Et quelle ne fut pas ma surprise de le voir prendre une allure pleine d'allure

Col en côtes

Il le porte plié en 2, discrètement sous la chemise

Il m'a confié le porter au sport

Il m'a avoué le porter non-stop, au point qu'il s'élargisse au bout d'un moment

"Après tout ce sont des côtes 1/1, donc autant le refaire plus serré", ai je jeté d'un air léger 

Et devant ses yeux ébahi, j'ai dans le même mouvement lavé le col, pressé juste le surplus d'eau et défait le col

Je l'ai vu passer d'un air catastrophé ( mon doudou !! ) à un regard intrigué ( ah, cela marche comme ça !? ), un air fasciné ( oui, c'est toujours fascinant de regarder quand une laine se défait, même si cela fait un peu mal ) et enfin un air intéressé : 

Ainsi donc m'a-t-il dit : la laine c'est infiniment recyclable ?

En un regard, il a changé sa perception de l'habillement, du processus qui a fait de nous ce que Pierre Rahbi appelle les nouveau cueilleurs, ceux qui se contentent de tendre la main dans les rayons des supermarchés pour avoir, comme nos ancêtres les hommes préhistoriques qui cueuillaient les baies sur les plantes

Et en une pensée il a saisi le processus du travail de l'homme, qui s'approprie techniques et outils pour façonner et transformer la nature

Et il a donc retrouvé son col, quasi à l'identique, si ce n'est qu'il était un peu plus étroit et plus long

Col en côtes

Vous allez me demander quel était l'intérêt de vous faire un post pour un col en côte 1/1, où je n'indique même pas le nombre de rangs et de mailles ?

Outre le fait que cela me permet de mettre à jour mes photos de laineux, j'en ai tiré des tas leçons :

Tout d'abord, on minimise toujours ce qu'on peut avoir chez soi ou en soi : ces 70m, ce tiers de résidu de pelote, suffisent à un col enfant et même un col adulte

Ensuite, on porte souvent un regard blasé sur ce qu'on sait faire, on oublie que ce qui est maitrisé pour nous, exerce parfois sur autrui la même fascination

Ainsi il importe de transmettre ce qu'on sait, au lieu de se porter en porte drapeau d'un savoir, d'un savoir faire.

Ce qui importe n'est pas de dire "je sais", mais de donner envie de savoir

Et de transmettre, parfois tout simplement, humblement

Qui sait ce qu'on sème chez autrui ?

J'ai aussi compris que notre regard, il nous est personnel, que ce qu'on voit ce n'est pas ce que l'autre peut voir. C'est pour cela qu'il importe d'entendre l'autre, voir par ses yeux

Que l'objet n'est qu'un objet et que c'est l'humain qui lui donne vie et âme

Ce col banal prend une allure juvénile sur un enfant, il prend une allure plus sobre, voir chic sur un adulte

J'ai aussi compris que j'avais des idées, des valeurs, des conceptions de vie, notamment celle de faire que cette planète soit agréable à vivre pour chacun durant le temps de son vivant et qu'il importe qu'il le reste pour ceux qui vont venir : Vivre responsable et écologiquement responsable si possible

Que je pouvais le dire, le prêcher, ou me contenter de simplement montrer l'exemple, dire que c'est possible de faire et vivre autrement de ce qu'on pensait

Enfin, j'ai aussi pris une leçon, car ce col a été offert l'hiver dernier et que revoyant mon beau frère, il me dit ne plus le quitter tant il l'aime et qu'il est parfait pour son quotidien

Au point qu'il craint à chaque fois de le perdre, tant il est petit et discret

Non, il n'a pas besoin que je lui en fasse un autre ( pourtant j'ai tant de restes à caser )

Car il aime celui là

Et je me suis heurtée à la même réponse que celle que me font le Cher et Tendre ou mon Grand lorsque je leur demande s'ils veulent un autre pull, ou un autre châle : 

"Non, j'ai déjà celui que tu m'as fait et j'attends sans problème qu'il sèche quand tu le laves"

J'ai donc mon curseur de la suffisance qui est clairement encore dans l'abondance ...

On va poursuivre le déballage des anciens laineux, au fil de mon temps libre.

Merci de votre fidélité

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commentaires

M
je suis fan de vos créations et encore plus de votre façon d'écrire super
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C
j'aime quand tu nous racontes des histoires (et la malabrigo rios me conquiert toujours un peu d'office!)
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M
Trés belle histoire. Bises er bonne soirée.
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P
Merci pour ce conte philosophique ,Bao. La laine a tant à nous apprendre! Moi ,mon petit doudou de cou rose , je ne le quitte pas
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M
Merci pour cette jolie histoire ... le bonheur ne tient qu'à un fil ! biz
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K
si les miens etaient pareil... j'ai fait une fois un bonnet vert fluo que mon plus jeune m'avait demandé, je l'ai meme refait car le premier etait trop grand et il est toujours au fond d'un placard , meme pour le ski il aurait pu le mettre mais non... il prefere finalement ceux du commerce dommage<br /> je finis mes pelotes dans des couvertures...<br /> bonne aprem
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L
=^..^=<br /> j'aime beaucoup ces histoires laineuses ! si bien écrites ....<br /> merci et bonne journée
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  • systemeb
  • le tricot est une passion dévorante, alors pour en parler des heures sans lasser les proches, j'ai ouvert ce blog
chers visiteurs, soyez prévenus, je serais intarissable. Mais n'hésitez pas à me laisser vos coms je partage volontiers mes petits
  • le tricot est une passion dévorante, alors pour en parler des heures sans lasser les proches, j'ai ouvert ce blog chers visiteurs, soyez prévenus, je serais intarissable. Mais n'hésitez pas à me laisser vos coms je partage volontiers mes petits

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