J5 et encore 48h sans boire ni manger.
Il est donc temps de me questionner.
Qu'allais je faire de ce corps qui m'était étranger ?
Ou bien la vraie question n'est elle pas :
n'est pas moi qui suis devenue étrangère à ce corps ?
À mon corps ?
Donc étrangère à moi même ?
Qui suis je donc au fond ? Corps, coeur, esprit ?
Mon corps vient de me le rappeler.
Je sais lire et écrire, je sais même compter et parler des langues étrangères, je sais faire mon travail et je sais même tricoter des points compliqués, je sais surfer sur internet et mon esprit peut voler loin.
Mais ce n'est que peu de choses, car mon corps, lui, sait bien plus de choses encore
Il sait faire un bébé, il sait fabriquer du lait, il sait faire battre mon coeur, il sait aimer et détester, il sait transformer l'air, l'eau, la nourriture extérieure et donc le monde, pour le faire devenir moi.
Ce que je sais, j'ai du l'apprendre.
Ce que mon corps sait, il l'a toujours su, depuis le premier jour : comment grandir, comment se renouveler.
De nous deux, c'est mon corps qui est le sage.
On dit qu'une femme intelligente est celle qui sait faire croire à son mari qu'il est plus intelligent qu'elle
Je viens de réaliser que mon corps m'a fait le même coup.
Alors j'ai abdiqué.
J'ai abdiqué ma vie professionnelle, j'ai abdiqué ma vie sociale et familiale, j'ai abdiqué ma vie tricotesque.
J'ai abdiqué ma pudeur et mon orgueil.
Mais j'ai surtout accepté d'abdiquer la notion de temps, de maîtrise, de puissance.
Et cette abdication a été le début de la guérison et de la paix intérieure.
La douleur est là, je fatigue encore beaucoup mais je ne suis plus épuisée.
Mais j'ai retrouvé la notion de justesse.
J'ai retrouvé la juste mesure, nous ne sommes que les fruits de la Nature, il faut obéir à sa loi.
Aussi pressés serions nous, il faudra toujours 9 mois pour faire un bébé
Je sais que j'ai de la chance, je sens mon corps qui prend son temps mais va dans le bon sens.
Tout reprend peu à peu sa place, la joie habituelle et le sourire
Merci à toutes pour vos petits mots.
Vous vous doutez bien que je ne peux répondre à chacune personnellement, mais l'envie est là.
Et j'ai envie de partager avec vous ce bouquet offert, autre preuve d'amour, d'estime ou d'amitié qu'on me porte.
J'ai beau fantasmer sur la nourriture et être aussi sèche qu'un pruneau au fond de mon lit, je me sens grande de vous.
Merci